Humains, les Wallellinns n'avaient que pour caractéristique d'être bruns ; la peau légèrement tannée par les vents forts et le soleil de Ksa'Ann Divisé en clans, on comptait vingt trois clans majeurs et une trentaine de clans mineures. Les clans dispersés dans plusieurs villages ou dans les trois grandes cités : Merido, Masa et La cité Blanche ; restaient scindés en quartiers. C'est dans la grande cité Blanche de Wallellinnn que se trouvaient les membres de la Sage Clarté. Un conseil de douze sages regroupant les trois pays Norval, Wallellin et Ethos et qui guidait la vie des Wallellinn, avait également instance sur les deux dirigeants des pays Norval et Ethos élus par le peuple.
Les Wallellinn étaient des gens calmes et paisibles, vivant en harmonie avec les Norval et jouissant du fruit de leur labeur. A leur conscience n'avait d'importance que le pouvoir des mots et la sagesse qu'apportaient les plus pondérés. Certains croyaient au pouvoir de l'esprit mais pour la plupart des Wallellinn il s'agissait là de don impropre a leur esprit logique. Les Wallellinn étaient également connus pour leur manque total de pudeur et les tenues légères de ces dames en étaient un brillant démonstratif.
Le village de Noos, flanqué dans une petite crevasse à l'abri des vents secs et brûlants de Ksa'Ann, filait des jours tranquilles depuis des siècles et des siècles. Les maisons faites de torchis ocre s'encastraient les unes sur les autres, grignotant la parois rocheuse. A son pied une rivière nourrie par le lac Atsounn offrait eau et aire de jeux pour les plus petits. Tout était calme et chacun vaquait à ses occupations,ne se doutant pas de la tension qui régnait dans la chambre des Mots. Cette pièce ou se réunissaient les quatre sages du village, était faite de murs blancs, d'un sol tapissé d'un patchwork de tapis et avait entendu bien des discours, bien des confidences, bien des secrets au fil du temps.
Les quatre sages qui guidaient la vie des habitants du village étaient réunis pour une séance extraordinaire, à la demande de deux d'entre eux : GIsta O du clan des GI O ; le clan des tisseurs et SAlidor, du clan des SA ; le clan des Orateurs.
Voilà deux cycles maintenant que le pays d'Ethos avait élu comme chef suprême Gerst et aujourd'hui certains commencaient à s'inquiéter des propos qu'il tenait dans de longs discours pouvant parfois durer des heures. Mais il n'y avait pas que cela qui inquiétait SAlidor et GIsta O.
Le vieux SAkotra écoutait avec interêt les propos tenus par la toute jeune GIsta. Ses yeux fatigués ne quittant pas les cheveux brun foncé de la jeune fille qui voyageait sur sa nuque dénudée, a chacun de ses mouvement de tête. Frôlant au passage la tunique indigo qui lui servait de robe et qui dévoilait une partie de sa jeunesse.
- Ses propos étaient presque indécents. Féroces même à l'égard des Norvals.
- Vraiment ? demanda SAkotra.
- Oui - répondit SAlidor - Nous avons passé une après midi entière à l'écouter avec GIsta O. Il en résultait dans ses mots que les Norvals étaient une menace. Une engeance qui un jour viendrait massacrer les Ethosiens pour venir leur voler leur savoir et leur technologie.
- C'est ridicule - fit SAkotra - Les norval sont de sages pacifiques et ils ont signé avec nous le traité refusant la technologie des autres mondes. Cette culture que nous offrait la République de Coruscant et qui représenterait un danger à notre mode de vie. Nous devons rester en accord avec la nature pour pouvoir entendre la voix des anciens.
SAlidor eut un rictus malencontreux, SAkotra avait été élevè par les norval et parlait, pensait comme eux. Le vieille homme percevant ce sourire concentra ses propos sur son voisin :
- Je sais ce que vous pensez des prodiges et autre chamanes et prophètes, SAlidor. Mais vous ne pouvez nier que la femme avec qui vous vous êtes uni est de ceux-là.
- Oui, avoua d'une voix morne SAlidor qui n'aimait guère ce qu'il considérait comme des contes de bonne femme. Pourtant, il devait bien avouer que ces don existaient et que SAlisaba en était douée.
- Ce n'est pas la question du jour, repris SAlidor.
- Ce ne sont que des mots, coupa Romo.
- Sage SAkotra, vous dites vous-même que les mots sont des armes tranchantes - Le sage souffla dépité. SAlidor poursuivit - Si il n'y avait que les mots, sage SAkotra, nous ne nous serions pas inquiétés de la sorte, GIsta O et moi. Mais ils étaient si nombreux à l'écouter. Une foule entière qui appréciait chacun de ses mots. Il en est bien parmi eux qui auront apprécié les pensées de Gerst et qui voudront mettre en oeuvre ses ambitions belliqueuses. Gerst sait bien manoeuvrer. Il définit les Ethosiens comme une race ... supérieure. De quoi nourrir leur envie de gloire.
- Une poignée d'imbéciles, fustigea Romo.
SAkotra posa sa main sur celle de Romo afin de calmer ses ardeurs. Fraîchement promu, le jeune homme s'était exclu de tout clan pour plus d'impartialité. Mais sa jeunesse jouait encore contre lui et il avait du mal a canaliser sa passion.
- Sage SAkotra - reprit GIsta O - Ils l'écoutent, ils l'entendent. Ils vibrent à chacun de ses propos. Ils ... Ils ont acquis la technologie. Les portes de certaines maisons s'ouvrent seules. Il ont de ses machines volantes ...
- Des vaisseaux, repris SAlidor
- Des vaisseaux qui vont dans l'espace - continua GIsta O - Et des armes qui tue à distance.
SAkotra fut parcouru d'une frisson :
- Ils veulent se défendre, mais contre qui ?
- Je ne crois pas qu'ils veulent se défendre, sage SAkotra.
Cette dernière phrase était lourde de sens et chacun mesura l'impact qu'elle représentait, dans un instant de méditation. Jusqu'à ce que Romo prenne la parole.
- Ils ne feront rien. Gerst est seul ?
- Il suffit d'un homme ... Un seul, pour emporter une foule dans la folie, Romo. N'oublie jamais le pouvoir des mots. Nous allons prévenir au plus vite le conseil de la Sage Clarté. Les mettre en garde. Ils sont l'instance supérieure qui régit nos trois pays. Ils parleront avec Gerst et calmeront sa flamme.
- Espérons que cela suffise sage SAkotra, termina GIsta O en ramenant contre sa poitrine une main respectueuse.
SAkotra, Romo et SAlidor le lui rendirent. La séance était fini.
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Descendant les marches de pierre, SAlidor et SAkotra se tenaient côte à côte.
- Est-ce vrai ce que l'on m'a rapporté sage SAkotra ? demanda SAlidor le sourire aux lèvres.
- Que t'a t'on rapporté, mon ami ?
- Que vous seriez parmi les futurs désignés pour entrer au temple de la Sage Clarté et peut-être même faire partie des membres du conseil.
SAkotra sourit à son tour :
- Oui. Je ne sais si je suis réellement à la hauteur de cette honneur, SAlidor.
- Vous êtes de loin le plus raisonné de cette région, maître. Si votre nom a été pensé et cité c'est que votre sagesse est reconnue par tous. Et vous êtes en plus un grand orateur.
- Tous comme toi, SAlidor.
- Mais moi je ne serais jamais un sage.
- Bien sûr que si. - SAkotra stoppa sa progression à mi chemin des marches, laissant une ribambelle d'enfants les dépasser en criant joyeusement - SAlidor, tu es un homme modéré. La sagesse t'est toute acquise le jour ou tu accepteras de suivre son chemin. Et tu le sais. Tu es encore jeune, tu n'as que soixante-deux ans. Je ne doute pas un seul instant qu'un jour tu te retrouves toi même au temple de la Sage Clarté.
SAlidor eut un sourire gêné, s'avouant à lui-même que cette pensée lui était agréable.
- Que me caches tu, SAlidor ?
Celui-ci allait mentir mais à quoi bon :
- SAlisaba est à nouveau "grosse".
- Aaah ! - sourit SAkostra les yeux illuminés de joie. Il tapa l'épaule de SAlidor pour le féliciter - Un sixième enfant ! Tu en as cinq, n'est ce pas ? Trois garçons et deux filles ?
- Oui, répondit SAlidor amusé.
- Et quel sera le sexe de cet enfant à venir ?
- Comment voulez-vous que nous le sachions ?
- Ta femme est une accoucheuse. Elle ne se trompe jamais, c'est une anlusinn.
SAlidor n'aimait pas que SAlisaba soit désignée par ce mot dont on nommait ceux qui avaient le don. Ceux qui étaient à part. Il toisa fièrement SAkotra qui le regardait avec intensité, se moquant bien des préjugés de son ami. Finalement SAlidor ravala sa fierté :
- SAlisaba dit que c'est une fille.
- Trois garçons, trois filles. Un bon équilibre. Alors qu'est-ce qui t'inquiète ?
- MANa, le ventre de la mère de SAlisaba lui a dit qu'elle ne verrait pas sa cinquantième année. SAlisaba a peur de mourir après la délivrance ... et moi aussi.
SAkotra hocha la tête, comprenant la situation. La réputation des visions de MANa la "sagace" n'était plus à faire.
- SAlisaba peut libérer son ventre. Le ton de SAkotra oscillait entre la proposition et la question.
- Elle est tourmentée. Elle voudrait se libérer de ce bébé à venir mais une part d'elle veut garder le ventre plein.
- SAlidor... - la voix de SAkotra fut plus grave - Il s'agit du destin de SAlisaba. Pas le tien. Cette décision lui appartient pleinement.
- Je sais.
SAlidor ne prononça plus un mot et les deux hommes finirent par se quitter, se perdant dans les dédales du village.
