Une terre si mystérieuse, qu'elle reste un secret même pour ses habitants.
Ses déserts un coeur vide de sentiments.
Ses ravins des plaies béantes.
Ses lacs ; ses mers, réceptacle des larmes versées par les vivants.
Ses forêts, une âme torturée, asséchée.
Son ciel azur, le linceul de tout un peuple.
- 53 B.Y. ( six mois standart plus tard)
SAlidor, nu, qui peinait à trouver le sommeil, se redressa sur la couche et contempla sa compagne. Le fin tissu transparent de sa robe menaçait de craquer sous la pression qu'exerçait son ventre. Mais il aimait ce corps et ses rondeurs qui la rendait plus désirable. Fustigeant sa libido qui lui dictait un peu trop sa conduite parfois, SAlidor posa une question plus terre-à-terre.
- Qu'est-ce qui ne va pas ?
SAlisaba laissa tomber ses bras exaspérés :
- Je ne sais pas. Elle n'arrête pas de me donner des coups. C'est insupportable
- Tu t'es couchée sur le côté gauche ? C'est son préféré.
- Oui, rien n'y fait.
- Les douleurs peut être ? essaya-t-il. Mais SAlisaba était bien plus expérimentée que lui.
- Non.
- Approche.
SAlisaba se mit au pied du lit tandis que SAlidor posait ses mains sur son ventre rond. Il sentit sous ses doigts sa petite fille qui, par jeu, se positionna dans le creux de sa main gauche pour l'accueillir.
- Que veux-tu donc à ta mère ? Ne vois-tu pas que tu la fatigues, vilaine fille.
SAlisaba, amusée de voir son compagnon gronder leur progéniture, rit. Un nouveau coup l'interrompit comme si son bébé la punissait de ne pas prendre son parti.
- Tu veux jouer ? demanda SAlidor. Un coup
- Tu as faim ? Un autre coup.
- Tu veux aller dehors ? Aucun coup. L'enfant dans le ventre de sa mère semblait être enfin écouté.
SAlidor, qui ne savait s'il devait prendre ce jeu pour une vrai discussion, regarda SAlisaba qui devina ce que voulait sa fille.
- Je vais me mettre au soleil. Elle aime cela.
SAlidor consentit en silence et se rallongea, observant sa compagne se mettre à la fenêtre de leur modeste maison. Doucement elle écarta la natte et s'assit sur le rebord. La chaleur cuisante du soleil la frappa de suite. Mais, native, elle n'en était nullement gênée. Tendrement elle se détendit et avec l'habilité d'une femme et d'une mère, effectua des caresses concentriques sur son ventre. Son bébé semblait enfin se calmer et lui laisser un peu de répit. SAlisaba rouvrit les yeux et regarda les maisons s'étendre à sa vue et descendant la colline. Les rues étaient totalement désertes ; les habitants plongés dans leur sommeil. Dans une heure la vie reprendrait son cours et les ruelles retrouveraient leurs passants, les cris des enfants se précipitant au lac pour profiter de sa fraîcheur. Mais pour l'heure le village semblait mort.
"La mort !" Prise d'un frisson qu'agrémenta un coup de pied donné par son enfant SAliaba remarqua alors une ombre furtive descendre les marches de la rue qui donnait en face de chez elle et pénétrer discrètement une demeure.
Effrayée, SAlisaba rentra précipitamment et se dissimula derrière la natte.
- SAlidor ? SAlidor ? murmura-t-elle paniquée.
Interpellé par la voix apeurée de sa compagne SAlidor se leva et s'approcha d'elle.
- Que se passe t'il ?
- Dehors ...
Fébrilement SAlidor souleva la natte. Deux hommes sortirent de la demeure d'un proche voisin. Deux ethosiens, tenant dans leur main un nenta ensanglanté. Un froid l'envahit.
- Va vite réveiller les enfants et Saouda et allez dans la cachette.
SAlisaba, tremblante, regarda Salidor s'en sembler comprendre un traître mot de ce qu'il venait de dire. Il la prit par les épaules, la secouant légèrement pour la ramener à la réalité.
- Dépêche-toi !
- Mais et toi ? demanda-t-elle tandis qu'il se jetait sur son pantalon de toile noire.
- Je vais aller jusqu'au gong d'alerte afin de prévenir les Gardiens et le village. Sinon tous seront massacrés pendant leur sommeil.
- Pourquoi nous attaques t'ils ? demanda SAlisaba en larmes.
SAlidor, qui venait de se chausser, s'élanca auprès de sa compagne, plongea ses mains dans ses cheveux et déposa un baiser furtif sur ses lèvres.
- Parce que nous hébergeons des Norvals, mon amour ! Va, maintenant !
SAlisaba sortit précipitamment de la chambre et alla réveiller chacun de ses enfants. Elle leur ordonna le silence. D'ordinaire, il en était bien un parmi eux qui aurait riposté mais curieusement elle n'eut à faire face à aucune objection. Ils avaient compris que l'instant était grave.
Arrivée dans la pièce principale, SAlisaba se jeta sur l'immense norval qui dormait dans le creux de la salle. Ce coin servant d'ordinaire de lieu de punition pour les enfants indisciplinés. Autant dire la demeure privilégiée de SArdewill et de SAhu.
SAouda As Nové dormait paisiblement. Grand savant, il était pourchassé par les ethosiens qui exercaient une répression sur son peuple depuis plusieur unions ; depuis Osllo. Devant l'impuissance de la SAge Clarté pour stopper ces exactions, il avait fini pas trouver refuge comme une poignée d'autres dans l'enceinte du village de Noos. Depuis, les Wallellinn abritaient les Norvals et les Ethosiens semblaient ne pas s'y attacher plus que cela. Jusqu'à présent.
- Saouda ? Saouda, réveillez-vous...
Le norval émit un mugissement typique de sa race avant d'ouvrir ses tous petits yeux.
- Des Ethosien, Maître Saouda ... fit seulement SAlisaba qui savait que prononcer le nom des natifs du nord de Ksa'Ann suffirait à l'effrayer ou à provoquer en lui le dégoût.
Avec difficulté le norval se mit debout et suivit SAlisaba et sa troupe d'enfants jusque dans la salle d'eau. Une grande pièce destinée à la toilette et aux ablutions où tous ustensiles n'étaient faits que dans un bois noir. Avec difficulté, elle tenta de déplacer la bassine de bois qui cachait un trou dans le sol. Le village était plein de ces caches secrètes. Des restes d'une époque ou les Wallellinn se dissimulaient de sombres bêtes qui aujourd'hui avaient pris la figure de créatures imaginaires servant de menace aux enfants rétifs.
Saouda, de ses petits bras attrapa le rebord de la baignoire et la déplaca sans difficulté, laissant apparaître un trou béant.
- Descendez, les enfants, intima t-il tandis que SAïani descendit la première et aida sa petite soeur.
Les enfants dévalèrent tous le petit tertre de sable, suivis de SAlisaba puis de Saouda. A peine venaient-ils de poser le pied dans la cachette, refermant le passage, que des pas se firent entendre dans la maison. SAlisaba se pressa devant ses enfants terrorisés. SAïna étouffa un petit cri quand elle entendit un bruit sourd. La porte de la salle d'eau venait d'être ouverte.
SAlisaba se retourna vivement pour rassurer sa fille. C'est alors qu'à son tour elle étouffa un cri. Un de ses enfants manquait à l'appel : SArdwill.
